12.07.2006

Zidane finit sur un coup de tête

medium_zidanevsmaterazzi.jpgZidane n’aura pas attendu le début des vacances pour prendre congé. Impeccable dans le temps réglementaire, il frôlera la perfection en prolongation avant d’épouser le ridicule. Exclu pour coup de boule avec intention de le donner, zizou sort sans autre étoile de sa carrière. Plus bête que méchant, mais très bête quand même.
La plus forte scène de cette Coupe du Monde se sera donc produite à la 110éme minute d’une finale plutôt joueuse, plutôt intéressante et indécise jusque là et qui allait d’un coup d’un seul plonger dans le vaudeville de bas étage.
D’abord, sur la foi des commentaires de Larqué, et tandis que la caméra suit le jeu, on croit à une altercation entre Trézéguet et un joueur italien. Le jeu est arrêté, il y a beaucoup d’agitation sur les bancs, le gardien Buffon, qui n’en est pas un (bouffon) fait des grands moulinets avec ses bras et de drôles de gestes à l’arbitre de touche en lui demandant de dire ce qu’il a vu.
Et puis, on filme Zidane, et très vite on nous montre une image au ralenti: ce même Zidane, qui fonce droit sur Materazzi pour lui administrer un coup de boule relativement appuyé dans le plexus. Le joueur italien plonge au sol aussi bien que ces joueurs savent le faire dès leur plus jeune âge, mais l’essentiel est ailleurs. Certes, les palabres s’éternisent et l’arbitre du centre semble un poil perdu mais on est sûr d’une chose: la carrière de «zizou» va s’arrêter là. Quelques secondes encore...voilà, l’arbitre se dirige vers le coupable, la main sur le derrière de son short, là où se situe le carton rouge, bientôt brandi.
Alors quelques minutes plus tard, cette barre souriante en début de rencontre qui se refusait à Trézéguet, et ces tirs parfaits du côté italien n’étaient finalement qu’un détail, qu’une péripétie, que quelques points de suspension sur une conclusion déjà rendue.
On ne l’expliquera pas. On pourra dix jours durant gloser sur l’arbitrage vidéo censé ne pas exister et qui aurait cette fois ci, sur cette action, permis au quatrième arbitre d’informer son arbitre central de la nature du forfait, on pourra couper tous les cheveux de la Terre en quatre, rien n’y changera, on ne comprendra pas ce geste. Materazzi l’aurait insulté? Et alors? La belle affaire! Une finale de Coupe du Monde est une finale de Coupe du Monde, un lieu où garder ses nerfs, surtout quand on affiche trente quatre ans et quelques campagnes au compteur, surtout quand dans le passé on s’est déjà rendu coupable de quelques errements impardonnables. Au total Zidane affichera quelques 14 expulsions au compteur de sa carrière. Beaucoup pour un numéro 10. Il y aura eu chez lui de temps à autre cette face sombre qui l’avait poussé en 98 à piétiner un joueur saoudien, ou même dans cette Coupe du monde allemande, au premier tour, à prendre un stupide carton jaune sur une faute inutile sur un joueur coréen.
On aurait pu penser ce casier derrière lui, définitivement refermé au moment de soigner sa sortie. Une finale de Coupe du Monde pour fermer le banc, que rêver de mieux?
Et ce dimanche 9 juillet sur la pelouse berlinoise, on vit un Zidane très en jambes, très inspiré, auteur d’une ouverture du score gonflée et chanceuse, une «panenka» avec baraka, qui fit sourire un Barthez atterré d’un tel culot. Zizou galopait, en première comme en deuxième mi-temps, et même en prolongation! Un Zidane dans une forme de junior, ou pas loin, et qui allait donc finir justement par laisser de côté sa «maturité» deux secondes durant le temps de corriger un Materazzi qui l’avait sans doute amplement mérité mais là n’est pas la question. C’est pas celui qui dit qui y est, c’est pas la cour de récré, le match entre deux heures de cours, c’est le Mondial, la course à l’étoile, ou comment la perdre.
Tous les joueurs le répéteront, ce n’est pas la faute de Zidane si on perd. Bien sûr. Mais tous savent aussi que dans ces matchs suffocants, tous les détails comptent. Tout est réglé au poil près, au centimètre près, et le moindre écart est fatal. Par une réaction disproportionnée à une agression «banale» (en tout cas sur un terrain de foot) Zidane a scellé le sort de la finale.
Les français le savent. Les italiens aussi.
Et dans la nuit sans étoile de Berlin, on se demande si Lilian Thuram arrêtera un jour de pleurer.

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